La fin des Imaginales

Nous l'avons appris il y a quelques jours via une interview (lunaire!) du directeur des Imaginales Stéphane Wieser: Stéphanie Nicot, directrice artistique et âme de tout ce que nous aimions aux Imaginales a été écartée de ses fonctions. Une décision qui va changer beaucoup de choses pour moi, et sur laquelle j'avais besoin de poser ces mots. Edit: Depuis, Stéphanie Nicot a fait un retour glaçant sur son éviction, je vous invite bien évidemment à la lire

Outre le fait qu'elle n'est pas remerciée pour l'immense travail accompli dont Mr Wieser s'accapare les mérites, se séparer de Stéphanie Nicot est un choix déplorable contre lequel le mouvement des ImaRginales s’opposait déjà en mai dernier quand il n’était que rumeur. Celle qui a fait de ce festival des littératures de l'imaginaire l'un des plus grands, réputé bien au-delà même de la frontière française est évincée. Celle qui a fait de ce lieu un espace d’accueil, de diversité, d’ouverture et d’inclusivité (la vraie, pas celle qui consiste à accueillir d’autres vieux auteurs blancs primés) est écartée pour ce que Stéphane Wieser évoque comme une « évolution » que j’entends rimer avec « régression ». Cela signifie pour moi la fin des Imaginales que j’aime tant. 

Je suis triste mais surtout en colère. En colère face aux décisions rétrogrades d’une administration, de politique et d’un directeur de festival qui n’ont pas compris nos inquiétudes ou les discours de l’édition 2021 et qui décident finalement de nous envoyer nous faire foutre par leur décision. En colère parce que ce sont les idées nauséabondes et les copinages honteux qui l’emportent cette fois encore sur les belles valeurs. En colère parce qu’on va se retrouver avec un festival qui continue d’accueillir des franc-maçons qui n’auraient jamais dû s’y trouver et qui proposent sans honte des intitulés de conférences incitant à la haine. En colère parce qu’il y aura toujours plus de liberté pour donner des prix à des connards misogynes. En colère pour les chapes de silence qu’on tente à nouveau de placer sur les « actes déplacés » de la part d’un éditeur. En colère pour toutes ces vois diverses qu'on va couper d'une scène où elles pouvaient avoir un écho suffisant. En colère en tant que féministe et alliée queer qui ne sent plus bienvenue à ce festival. En colère en tant qu’imaRginale! 

Je remets donc officiellement, et à regrets, ma démission en tant que coordinatrice du prix Imaginales de la bande dessinée des bibliothécaires ainsi que ma démission comme membre du jury de sélection du prix Imaginales des bibliothécaires (romans). 

J’aime pourtant ces prix de tout mon coeur, surtout celui des romans que Stéphanie encourageait avec talent et intelligence en nous accompagnant. Là où un certain Mr Wieser, censé faire de même pour le prix BD des bibliothécaires n’a jamais daigné apporté son aide… au point de ne même pas connaître le nom de sa coordinatrice qui l’a pourtant contacté à plusieurs reprises! J’aime ces prix car ils constituent encore des îlots de liberté et cela s’est souvent reflété dans ses sélections plus diversifiées et inclusives là où les prix réguliers ont souvent fait polémique. J’aimais avoir un rôle à jouer pour la représentation des autrices et illustratrices de talent, surtout en BD où elles sont encore trop peu représentées. J’aimais me dire que je tentais d’améliorer à ma petite échelle le monde de l'imaginaire francophone en le faisant évoluer, justement, vers plus d’inclusivité. Mais je n’ai pas le force de continuer dans ses conditions. Je n’ai pas la force de m’associer à un festival qui silence les voix de celleux qui veulent changer les choses, qui silence celleux qui veulent vraiment une (r)évolution. Quand Stéphane Wieser parle d’évolution pour le changement de DA, nous constatons que ce n’est pas d’évolution qu’ils veulent à la direction, mais de contrôle et de lissage. Et ce monde là, moi, j’en veux pas. En tout cas, tout mon soutien à Stéphanie Nicot que je suivrai dans ses futurs projets. Merci à elle ainsi qu’à celleux qui ont fait de cette expérience au sein des prix, un moment formidable. On ne se perd pas de vue!

Désolé pour mes collègues des prix que je laisse ce soir en plan. Désolé pour celleux dont le métier au sein de la ville d’Epinal les empêcheront de partir librement ou de dire quelque chose. Mais surtout désolé pour les auteurices dont j’aurai aimé faire connaître la voix via ces prix.
A nous de changer les choses ailleurs. Gardons espoir. Gardons notre union. Il est temps de renverser le monde.
Je reprends ici les mots formidables de Léo Henry à la remise de prix 2021:

"J’ai un plan secret derrière la tête. Ce serait de donner l’exemple au reste du monde littéraire depuis chez nous, depuis la marge. Montrer que si nous on arrive à le faire, iels aussi peuvent aussi déboulonner leurs tyrans, destituer leurs dominants, déconstruire leurs rapports de force dégueulasses. Aérer, nettoyer, repeindre cette maison des mots et au besoin la démonter pour la reconstruire à neuf."

Bref, je n’irai plus aux Imaginales.

Rendez-vous ailleurs! Vers des lieux qui n'ont pas peur de la diversité ni de la liberté de parole! 

(Logo des Imaginales par Bénédicte Coudière)

Comments

Tout mon soutient !
C'est triste mais tu as raison de ne pas aller dans le sens inverse de tes convictions et de soutenir cette personne, je te dis bravo, peu en aurait eu le courage, j'espère que tu teouvera un autre moyen de participer à la valorisation des auteurices qui le méritent !

Je trouverai bien un moyen! Le stock d'énergie et de temps que je me libère ici me le permettra certainement sur d'autres projets à l'avenir, du moins je l'espère. En attendant, je reste en paix avec moi-même avec cette décision et ça fait beaucoup de bien. Je ne suis pas la seule à l'avoir fait d'ailleurs au sein des comités. C'est une hémorragie qui est en train de démarrer.

Ce qui se passe avec les Imaginales est vraiment dommage. Ca fait plusieurs année que je n'y allais plus à cause de la difficulté d'accès sans voiture, et à présent il est de moins en moins sûr que j'y retourne un jour...

C'est vraiment dommage. Un si beau festival si beau, si divers, si ouvert... Plus qu'à trouver de nouveaux fiefs. Pour ma part, ce sera plus à l'ouest ;)

C'est vraiment dommage ce qui se passe, j'arrive pas à voir comment ça a pu prendre des proportions pareilles…
Je suis beaucoup moins attachée aux Imas qu'aux Utos à cause de la difficulté à se loger et j'avais un peu renoncé face à l'effort à fournir, mais clairement ça donne encore moins envie d'y aller.
Ce doit être une décision pas facile à prendre, tu as tout mon soutien 🧡

Merci beaucoup.

C'est bien triste en effet. On tourne la page et on transfère son temps et son énergie ailleurs ;)

Je n'avais pas encore pris le temps de venir commenter ton post, je suis désolée.

Je comprends ton point de vue; on en avait déjà discuté aux précédentes Imaginales; ce billet m'attriste, mais je le comprends, il est conforme à tes convictions que je respecte, et tu as raison d'agir dans ce sens, dans le respect de tes valeurs. C'est important, et je pense que malgré tout ce que cela te cause comme tristesse, cela va te soulager aussi.

Et comme je sais que tu es quelqu'un de très engagé, je n'ai pas de doute quant au fait que tu te réinventes ailleurs !
L'Ouest t'appelle, et je t'y retrouverai certainement l'année prochaine avec plaisir.

En revanche, beaucoup entendent l'appel hurlant de l'Ouest aussi. Mais je m'interroge sur un tel afflux de visiteurs pour un festival encore jeune et dans des locaux assez petits. A voir comment le vent va tourner, ce que les mois à venir vont apporter, mais j'espère que Ouest Hurlant pourra accueillir tout cet enthousiasme. C'est un sacré défi !

Merci Zoé.

Respecter mes valeurs me soulage malgré la peine. Je suis davantage fâchée par les dérives d'un si beau festival finalement. Mais d'autres horizons sont prometteurs.
Pour Ouest hurlant, je pense aussi qu'il va falloir leur laisser le temps de grandir. Il ne faut pas que toutes nos attentes et le défi qui s'annonce anéantisse ce superbe projet. Cela dit, j'irai quasi certainement à la prochaine édition vu que ma famille et une grande partie de mes ami-e-s vivent là-bas en plus.

Et puis je te ferai manger du vrai beurre!

Merci pour ce billet et le lien vers l'interview de Stéphane Wieser. De là, j'ai lu celle de Stéphanie Nicot, que j'ai trouvée plus parlante (par exemple, la micro-entreprise avec plein de contraintes réservées au salariat, ahah, quelle blague). Bien que je ne sois jamais allée aux Imaginales et que je n'aie suivi tout ça que delien, je pense que tu fais bien de démissionner. Bon courage pour la suite!

Merci Alys. Oui l'interview de Stéphanie est plus parlante, je vais ajouter le lien (j'ai publié cet article quelques jours avant que j'ai omis de le faire). Cette situation est quand même si triste, quel gâchis!

Ouais, c'est super dommage que ça se soit passé comme ça. Je suis certaine que Stéphanie Nicot va retomber sur ses pieds, toutefois. J'ai hâte de voir ce qu'elle pourra faire.

Egalement! J'ai hâte de suivre ses nouveaux projets. Nul doute qu'ils seront intéressants!

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